PAROLES SANS MUSIQUE
OU
Ainsi parlait
Black Bungalow...
 
 
http://www.facebook.com/golflander
 

Paroles Sans Musique


ou

...
Ainsi
parlait
Black
Bungalow
...

 
 

©YVES ABADIE ©    ©+PATRICK MOLLIERE+©

 

 

Préambule…

 

         

Black Bungalow est un drôle de type…

          La première fois que nous
l’avons rencontré, il dévorait un
petit bouquin qui se trouvait être
« L’écume des jours… »,
et nous demanda de but en
blanc pourquoi le trompettiste
qui  pouvait écrire ça nous faisait le 
canular de mourir à trente neuf ans.

 

          C’était il y a déjà quelques temps et
depuis nous le croisons plus ou moins
régulièrement dans les labyrinthes des
cités où glissent des foules ébréchées de
solitude.

          Il habite à Minuit, un monde bleu où
les noctiluques terrestres et les chercheurs
d’étoiles rôdent et se croisent et se nouent
et de défont pour mieux poursuivre leur
rêve éveillé.

          Black Bungalow, amoureux
des mousses fraîches et des brunes
à la peau douce, semble avoir pourtant
d’autres folies passionnelles.
Citant Mallarmé et Ferré, se souvenant
d’Higelin et d’Aragon,
sélectionnant sans remords Hugo
entrecoupé de Nougaro,
prenant alors son envol après avoir
étendu ses ailes métaphoriques,
il laisse monter en lui une
crise de paludisme toute personnelle.

         
        
De ses lèvres fiévreuses sortent
les psalmodies et mélopées que nous
avons cru bon de recueillir et de vous
présenter en attendant la contagion.

 

               LES AUTEURS

 

 

                                YVES ABADIE      +PATRICK MOLLIERE

 

 

Les
trajec
toires solaires

 

 

 

 

+LE SECRET+

 

Demain je vais avoir trente ans

Ils ont voulu tout préparer

Champagne et gâteau glacé

Ils sont bien gentils mes parents

Ils feraient tout pour leur enfant

Même si ce n’est plus comme avant

Car il a tellement changé

Qu’est-ce qui en lui s’est donc brisé ?

 

Refrain :     C’est sûr que c’est bête

                   Je n’ai rien dit à personne

                   Maintenant dans ma tête

                   Y’a quelque chose qui déconne…

 

Un jour mes yeux se sont vidés

De leur tendresse et leur chaleur

Et elles ont été remplacées

Par une lueur qui fait peur.

Frères de cœur prônant l’amitié

Et pourtant ils sont tous partis

On ne peut toujours supporter

Des yeux qui s’embrument de folie…

 

Même celle qui partageait

Mes illusions et mon sommeil

Celle qui me soufflait dans l’oreille

Qu’elle m’aimait pour l’éternité

Elle non plus n’a pu deviner

Enraciné au fond de moi

Le terrible et muet secret

Qui me fait pleurer tant de fois…

 

J’étais en seconde au Lycée

Petit nouveau à l’internat

Un soir en partant aux WC

Je n’ai jamais compris pourquoi

Ces quatre ou cinq adolescents

A l’haleine alcoolisé

Sans un mot et en rigolant

L’un après l’autre m’ont violé…

 

 

 

TS TURBO NECROPHAGE

Au mur la photo de Romy*

C’est vrai qu’elle était belle

Tu te retrouves en elle

Allez arrêt(es) tes conneries

T’as pas le droit de délirer

Sur son cercueil chromé

Arraches son poster

Dessine lui une moustache

Je sais où tu te caches

Maintenant tu choisis

Le bic ou le cutter…

 

Refrain :     Allez encore un jour

                   Continue

                   Continue

                   Allez encore un jour

                   Continue

                   Continue

                   Tu trouveras jamais

                   La solution

                   Dans l’escalier

                   Allez encore un jour

                   Continue

                   Continue

                   Tu résoudras jamais

                   Ton équation

                   Dans les cachets

 

Tu voudrais gommer tes errances

Retourner la séquence

De ton ultime absence

Tu me prends pour un nécrophage

A vouloir crocheter ta cage

Tu sais ça vaut le coup

Regarde mes poignets

Vois, parcourus de bout en bout

D’un curieux tatouage

Et je suis toujours là

Faut pas t’arrêter là

 

Tu es perdu(e) dans ton silence

Ta solitude intense

Je sais t’es dans l’impasse

Ne me prends pas pour un ringard

Venu surveiller tes cafards

Ou brancher l’écouteur

Sur ta voix détraquée

Je sais que tu vas pas craquer

Oui, malgré ta douleur

Allez quoi viens dehors

Allez sors sors sors sors

 

 

 

*ou autre…

 

 

+COBRA+

Tu distilles ta poudre d’or

Dans ton regard qui endort

Deux points rouges sur le corps

Et l’enfant regarde sa mort.

Dans les ombres du temple

Où sourit le gros Bouddha

L’enfant aux yeux noirs tremble

Mais s’oublie dans tes yeux froids

Cobra

 

Sur son tapis sans jeunesse

Le vieillard et sa tendresse

Soufflent dans la flûte qui caresse

Ton ombre bleue qui se dresse

Et il laisse ta silhouette

Monter du panier d’osier

Et voilà le temps qui s’arrête

Pour rester hypnotisé

Cobra

 

Quand tes lunes sans paupières

Me trouent de leur lumière

Mon âme pourtant fière

Redevient fine poussière

Et je vois le dieu païen

Réfugié dans tes yeux gris

Le dieu sévère qui détient

Le lourd secret de la vie

Cobra

 

 

 

©Mollière Patrick

CE MATIN

Ce matin j’ai souri

Je savais mon chemin

Mon rêve m’avait dit

La magie qui culmine

Au fond du désespoir

Dans la nuit qui s’éteint

Ma douleur s’imagine

La couleur du hasard

 

J’ai brisé la vitrine

Pour dire ma violence

Au sombre mannequin

Qui promenait ses traits

Son front de paraffine

Sur les passants blasés

Privé d’incohérence

J’ai pleuré sans chagrin

 

J’ai blessé la poitrine

De l’étrange pantin

Qui pleurait des crachats

De lait vulcanisé

Ces larmes plastifiées

Trop douces trop câlines

Ont touché cet amas

De cloportes urbains

Soudain sur le trottoir

Une nuée de nains

S’est abattue sur moi

La grouillante vermine

Mutilait mes regards

Qui admiraient le tas

De la sombre gamine

Qui fondait dans son sein

 

Trop loin de la démence

En plein cœur du chaos

Je ris et je les plains

Mon délire domine

Ces débiles malsains

Mon rire s’illumine

Dans le sang plein d’aisance

De mon dernier assaut

 

Je vous noue sous le flot

Du sang qui me survit

Mes pleurs qui s’éliminent

Dans un songe sans fin

S’esclaffent sans écho

L’éternel retour geint

Je me voulais épine

Je serais atrophie                   (from « Parfums de Craie » )

 

 

+LA FUITE DE TOUN+

Toun, Toun l’enfant sauvage

Pour ne plus revenir

S’enfuit avec son rire,

Non, plus jamais la cage…

 

Il voulait raconter

Aux grands hommes debout

Avec des discours muets

Et des sifflements très doux

Des herbages de nuit

S’échappant

Dans de sombres prairies

Sous le vent

Pour courtiser sans bruit

L’air du temps.

Mais les hommes debout

Ne l’ont pas écouté

Et l’ont mis avec les fous

Pour y être recyclé

 

Il voulait raconter

Aux grands hommes debout

Avec des discours muets

Et des sifflements très doux

Des parfums de cités

Disparues

Et des senteurs fanées

Qui se muent

En étoiles douces et

Ambiguës .

Mais les hommes debout

N’ont même pas essayé

De comprendre l’enfant roux

Qui racontait leur passé

Il voulait raconter

Aux grands hommes debout

Avec des discours muets

Et des sifflements très doux

Ces chevaux essoufflés

Piétinant

Une lune froissée

Se noyant

Dans des passages à gué

Vif argent

Mais les hommes debout

Se sont m^me méfiés

Des larmes qu’il disait partout

D’un monde qui disparaissait

 

Alors Toun l’enfant sauvage

Pour ne plus revenir

S’enfuit avec son rire

Non, plus jamais la cage…

 

 

 

DELIRIUM TRES MINCE

On a marché

Dans mes godasses

Pendant que je comptais

Les traces

De pied

Qu’il y a au plafond

 

On a sniffé

Mes dominos

Pendant que je faisais

Les mots

Croisés

D’un journal à la con

 

On a tiré

Sur mon pianiste

Pendant que je marquais

La piste

D’arrêt

De mes copains avions

On a cloué

Mon saxophone

Pendant que je peignais

En jaune

Mon nez

Cherchant une érection

 

J’ai avalé

Tous les copeaux

De mon poumon d’acier

Trop tôt

Mâchés

J’ai une indigestion

 

Refrain :  Je suis enfermé

                Dans mon tube de dentifrice

                Appuyez fort

                Appuyez fort

                Je sortirai

                Par l’orifice

                L’orifice

 

 

 

+L’IDIOT+

J’ai un papa et une maman,

Ce sont paraît-il mes parents

Seule distraction des pauvres gens,

De leur lit sont nés dix enfants

Alors n’est-ce pas,

Comme dirait papa,

Neuf bons, ce n’est pas mal,

Pour un seul anormal

 

Appelez-moi le sot

Ou bien alors l’idiot ;

De toute façon

Mes gros yeux trop ronds

Indiquent assez bien

Que je ne comprends rien.

 

Les braves gens au cœur bouffé

Tous ceux qui ont déjà donné,

Ils la supportent très, très bien

Ma tête de petit mongolien.

Elle fait d’abord fuir,

Puis elle fait bien rire,

Et puis l’indifférence

Glaciale et immense.

 

Appelez-moi le sot

Ou bien alors l’idiot ;

De toute manière

Pourquoi s’en faire

Pour un petit débile,

Un retardé docile.

 

Vous savez, ils sont si mignons

Ils ne savent pas le mal qu’ils font.

C’est si drôle de hurler « Au fou ! »

En me pourchassant aux cailloux.

Ca fait bien longtemps

Que le Père-Noël

Réfugié dans le ciel

Ne croit plus aux enfants

 

 

 

Appelez-moi le sot

Ou bien alors l’idiot ;

Et pas d’alarme

Mes yeux sans larmes

Indiquent assez bien

Que je ne ressens rien.

 

Je ne suis vraiment pas normal,

Je parle aux sources et aux cigales,

Le vent me tient de long discours

Sur les biches et leurs amours.

Et moi bêtement

Comme les enfants,

De rire au soleil

Ou d’y pleurer, pareil…

 

Appelez-moi le sot

Ou bien alors l’idiot ;

Mais je vous en prie

Moi qui suis un puits

Débordant de caresses

Donnez-moi s’il vous plaît

Sans vous faire prier

Un petit peu de tendresse ;

Frottez-moi les cheveux,

Regardez-moi les yeux,

Et dites-moi « Je t’aime »

Même si c’est faux

Je vous croirai quand même,

Moi, pauvre idiot

 

 

 

 

Homo

-

urbanus

 

 

 

 

 

Accoudés au comptoir

Ils n’ont pour auditoire

Que la jolie serveuse

Qui leur ressert des gueuses

Des whiskies des ricards

Et des boissons brumeuses

Leurs nuits spiritueuses

Sont bordées de cafards

Et la jolie serveuse

Regarde sa trotteuse

Tourne son remontoir

Ell(e) connaît leur histoire

 

Refrain :       Métamorphose

                     Transmutation

                     Bière pression

                     Et superdose

                     Superdoseur

                     Est parmi nous

                     Chantent en c(h)œur

                     Tous les noceurs

                     Et les mecs saoûls

 

Hier c’était pareil

Tous les jours c’est pareil

Ils vident les bouteilles

En jetant leur oseille

A la jolie serveuse

Qui s’ennuie, qui sommeille

Qu’en a mal aux oreilles

De leurs paroles creuses

Vides comme les gueuses

Et la jolie serveuse

Leur remet une gueuse

Leur fuite liquoreuse

 

Leur bière est duveteuse

Comme les bras griffés de la jolie serveuse

Leur mousse est écumeuse

Ils voudraient bien surfer

Leur langue aventureuse

Sur les bas dégrafés

De la jolie serveuse

Qui leur fait un café

Pour couper les effets

De leur soif comateuse

De caméléons faits

 

 

LA CLEPSYDRE BOUCHEE

 

 

 ©Mollière Patrick et Abadie Yves

LEURRE

Monsieur Big - Ben

Part au boulot

Prend son auto

Klaxonne au feu

Neuf heures moins deux

Merde en retard

Faut qu’il se gare

Il en a marre

 

Quel leurre est-il

Monsieur Big - Ben

Quel leurre est-il

Ce travail gris

Qui vous ennuie

 

Monsieur Big - Ben

Vous avez l’heure ?

Lui dit Lesieur

Chef de bureau

Le Directeur

N’est pas content

Il vous attend

Dans son bureau

 

Quel leurre est-il

Monsieur Big - Ben

Quel leurre est-il

Ce job amer

De secrétaire

 

Monsieur Big – Ben

Je suis heureux

De constater

Votre arrivée

Neuf heures et quart

Il vaudrait mieux

Ne pas compter

Tous vos retards

 

Quel leurre est-il

Monsieur Big - Ben

Quel leurre est-il

Ce jeu de rôles

Qui vous désole

Monsieur Big – Ben

Est amoureux

Mam’zelle Saphir

Ne sait que dire

Ce soir elle va

Manger « chinois »

Excusez-moi

Demain je peux

 

Quel leurre est-il

Monsieur Big - Ben

Quel leurre est-il

Ce cache – cache

De potache

 

Monsieur Big – Ben

S’accoude au bar

Commande un quart

Se beurre la gueule

Il n’y a que là

Qu’il est moins seul

Il n’y a que là

Qu’on le tutoie

 

Quel leurre est-il

Monsieur Big - Ben

Quel leurre est-il

Cet alcool dur

De vos bitures

 

 

 

+ENVIE ET PITIE+

Des messieurs aux tempes argentées

Complet veston, lunettes d’écailles,

Sourires gestuels programmés

Et avenir prévu sans failles,

Durs en affaires et gras du bide,

Goûtant les femmes célibataires

N’étant plus emballées sous vide

Avec lesquelles ils savent y faire

 

Envie et pitié

          Sont les deux mamelles de la réussite

 

Des messieurs alliant l’assurance

Qui sait moucher tous ces p’tits cons

Et cette ironie vieille France

Bien dans le respect des traditions ;

Ils rêvent de politique,

De celle où ils s’ront les plus forts

Et abreuvent d’une peur mystique

L’abolition de la peine de mort

 

Envie et pitié

          Sont les deux mamelles de la réussite

 

Des messieurs heureux en ménage ;

Ne leur font plus souvent l’amour,

Mais les séances de maquillage

La rendent assez belle certains jours ;

Elle sait cacher sa cellulite

Pas d’fausse note dans les réceptions ,

Parfois un collier de chez Schmitt

Pour faire taire ses dépressions.

Envie et pitié

          Sont les deux mamelles de la réussite

 

Des messieurs heureux en famille

Le fiston pousse à Sciences Po,

A du respect pour tout c’qui brille

Et de la haine pour les cocos ;

La cadette a bien profité

De son année à Médecine

Pour vite se faire engrosser

Par un toubib et sa piscine

 

Envie et pitié

          Sont les deux mamelles de la réussite

 

Des messieurs aux tempes argentées

Complet veston, lunettes d’écailles,

Sourires gestuels programmés

Et avenir prévu sans failles,

          Ils ont dit :

          « Vaut mieux faire envie

          Que pitié ».

          Dans la vie

          Ils ont réussi

          Oh, Pitié ! Je ne veux pas réussir…

 

 

 

L’OPERATRICE DE MINUIT

L’opératrice de minuit

A avalé son jambon-beurre

A l’autre bout de l’écouteur

Un siphonné lui dit sa vie

Il a tué son nounours gris

Et voudrait bien manger son cœur

 

Au standard des neuroleptiques

Les camisoles sont au chômage

Rejoignez-nous : Fréquence-Cage

Radio – crochet des hystériques

 

Allo , allo, mademoiselle

Suis amoureux d’un camembert

Qui peut pas sentir mes aisselles

Enfin, je vous dis la nouvelle

Je vais quitter mon camembert

Pour sodomiser un gruyère

J’ai assassiné mon sommeil

Car en démontant mon réveil

J’ai enfoncé la grand’aiguille

Dans la poitrine de la ptit’ fille

Qui déballait ses bas résilles

Sur mes tapis en poils d’oreille

 

L’opératrice de minuit

A avalé son hamburger

A l’autre bout de l’écouteur

Parmi les appels en folie

Un mec agressé par la nit

Vient de brancher son répondeur…

 

 

 

+LA PEUR D’UN HOMME+

Minuit sur un trottoir mouillé

Par une humide obscurité,

Frôlant des poubelles éventrées

Par chiens et clodos affamés,

Un homme marche d’un pas pressé ;

Il n’a pourtant rien à faire,

Remarque, dans sa vie de misère,

Il n’a vraiment jamais rien fait

 

Minuit cinq et toute la nit

Sur une ville endormie

Parce que les programmes bouillis

De la télé sont tous finis,

L’homme, sourdement, se sent suivi

Et il se demande bien par qui ;

Il n’en a vraiment rien à faire

… Bien que, remarque, ça l’exaspère

 

Minuit et quart, elles ont un fard

Ayant l’épaisseur du désespoir,

Ces drôles de fleurs qui poussent le soir

Et qui s’ouvrent pour dix dollars ;

L’homme commence à en avoir marre

Et qu’est-ce qu’on peut bien lui vouloir,

Il ne sait pas ce qu’il va faire

Remarque, il a son revolver.

Minuit et demie, ça suffit

Il sait qu’on le suit pas à pas

Cela fait un bon moment déjà

C’en est trop, on a assez ri.

Et ce putain de cœur

Qui bat à cent à l’heure,

C’est bizarre comme j’ai chaud,

Ce doit être le manteau,

Moi si on me provoque,

Gare… J’aim’ pas qu’on s’moque

Et cette sueur glacée

Qui me fait frissonner,

Et ce nœud dans le bide,

C’est vraiment trop stupide,

On va se mettre en colère,

Moi et mon revolver !

 

Et là, sur le mur, tout à coup,

Dans la lumière du réverbère

Il voit et dégaine d’un seul coup

Et il vide son revolver

Sur ce qu’il a vite aperçu

Sur le mur d’une petite rue

… Et l’homme s’écroule, hébété,

sur son ombre ensanglantée.

 

 

 

UN MONDE FOU

Un monde fou fou fou

Se presse dans la rue

Ils courent un peu partout

A l’endroit, à l’envers,

Allongés, en travers,

Un monde fou fou fou

Se presse dans la rue

Je vous ai reconnus

Avec vos trajectoires

De porteurs d’entonnoirs

Ne soyez pas inquiets

Il y’a plus fou que vous

Regardez, regardez…

 

Une sorcière échevelée

Vient de kidnapper

L’ascenseur

Elle a enfourché son balai

Qu’était garé

Juste à côté de l’extincteur

Ne bougez plus c’est un hold-up

Crient les culs de jatte

Bien en cœur

Et dans la banque morte de peur

Six troncs pressés

Pissent leur jus sur le caissier

 

Voiture rouge au carrefour

Au feu les pompiers

Au secours

Ils veulent éteindre l’orangé

Qui brille en haut

Police Secours… Allo… Allo…

Caché au fond d’une poubelle

Un gros policier en jarretelles

Prend au radar tous les fessiers

Qui se balancent

Et qui (lui) réclament assistance

 

 

 

+LE MARCHAND DE VENT+

          Le marchand de vent,

          Pour vendre son bien

          Cherche des clients

          Mais n’en trouve point.

 

Car les pauvres moulins

          Depuis bien longtemps,

Ne croquent plus de grains

          Et ne toussent plus blanc.

Car les pauvres moulins,

          Provençaux ou flamands,

Mis dans un sale pétrin

           Ont crevé lentement.

Et Meunier n’est plus rien

          Qu’un maudit charlatan

Qui a compris combien

           C’était enrichissant

De déféquer un pain

          Sans beaucoup de froment

Et, pour plaire aux vilains

          Levé aux colorants

 

          Le marchand de vent,

          Pour vendre son bien

          Cherche des clients

          Mais n’en trouve point.

 

Car même les marins

          Fort peu reconnaissants

Décidèrent un matin

          De brûler leurs haubans

Pour des mécaniciens

          Pollueurs d’océans

Ils trahirent Trouin,

           Colomb .et Magellan

Oh, il y aurait bien

          Tous les beaux oiseaux blancs

Flottant dans l’air salin

           Au large de Ouessant

Mais voilà, leur destin

          Se résume pour l’instant

Au vomi assassin

          Des pétroliers géants.

 

 

          Le marchand de vent,

          Pour vendre son bien

          Cherche des clients

          Mais n’en trouve point.

 

Chercher ainsi en vain

          Des jours et jours durant

Altère à la fin

          Le moral du marchand ;

Devenir capucin

          Ou me faire adjudant

Voilà la triste fin

          Soupire-t-il, qui mattend

Mais miracle divin

          Voilà que tourne le vent

Et que se montrent enfin

          De bons, de vrais clients ;

Et en un tour de main

          Tout fut vendu comptant

A des politiciens

          Aux discours forts brillants…

 

 

 

DEMANDEZ LE BOTTIN

Demandez, demandez !!!          )

Le Bottin !!! Demandez !!!       )   crié

A l’intérieur

Tous les détails

Sur le trafic

Des funérailles

A l’intérieur

Tous les détails

L’odieux trafic

Des clowns cobayes

 

Refrain : Dans le Bottin

               Vous trouverez

               Tous les potins

               Tout(es) les histoires

               Qu’il faut savoir

               Si vous voulez

               Etre branchés

 

Dernier sondage

En cinquième page

Warhol dévisse

Coca Collage

Junior Elvis

Est à l’hospice

On craint le bis

D’un retour d’âge

Dans le Bottin

Cette semaine

Pour le beau teint

Mondain sans peine

Tous les secrets

Madame Procrée

Cach(e) vos bedaines

De cinquantaine

 

Demandez, demandez !!!

Le Bottin !!! Demandez !!!

En exclusivité

Le seul journal traité

Pour pouvoir transiter

Par les eaux agitées

De vos commodités

Demandez, demandez !!!

Le Bottin !!! Demandez !!!

Pour essuyer

Vos anxiétés…

 

 

 

+MON MANQUE D’EQUILIBRE+

Fleur de trouvère

Il ne sait vraiment pas quoi faire

Plus tard, plus tard

Quel désespoir

Pour lui il y a des années

Où il n’a envie de rêver

 

          Fruits de fourrières

          Elles lui font peur, vos carrières

          Depuis touts petits

          Toutes prêtes, vos vies

          Juges, flics, assureurs ou banquiers

          A vingt ans, presque retraités

 

                    Serait presque nuisible

                    Mon manque d’équilibre

 

Fleur de tendresse

Il écoute les cœurs en détresse

Sans rien dire

Sans sourire

Avec, avec un de ces regards

Qui t’épongent le désespoir

 

          Fruits qui s’enrayent

          Il se fout de vos bons conseils

          Vous avez tout vu

          Et tout vécu

          Vous faites semblant d’écouter

          Pour mieux pouvoir diagnostiquer

 

                    Peut-être un peu trop sensible

                    Mon manque d’équilibre

Fleur au creux des reins

Les femmes, il leur dit qu’il aime bien

Les déshabiller

Et puis les aimer

Y’a des soirs où il parle d’amour

Mais il n’sait pas dire « pour toujours »

 

          Fruits de sécheresse

          Il rigole de vos poils aux fesses

          De vos complexes

          Sur ce qui touche le sexe

          Parce que vous le faites fort mal

          Vous trouvez bien sûr que c’est sale

 

                    Pas toujours très paisible

                    Mon manque d’équilibre

 

Fleur un peu bête

Armé d’un fusil à lunette

Il montera

Tout en haut, là

Où il tuera ses fantasmes

Sous forme de passants bien calmes

 

          Fruits du Roi Ubu

          Il mourra comme il a vécu

          De vous, indifférent

          Et, braves gens

          Vous paierez le tireur d’élite

Qu’il mérite, qu’il mérite

 

                    Sûrement un peu trop libre

                    Mon manque d’équilibre

 

 

 

 

Le

syndrôme

cardio

-

testiculaire

 

 

 

 

 

EST-CE LA HAINE, C’EST F…

J’ai croisé tes yeux en larmes

Sur la vitre du couloir

Les buées de ton regard

Tiraient le signal d’alarme

Lentement tes yeux traçaient

Quelques lignes dessinées

De ce parcours effacé

Que tu pleurais … tu disais

 

Refrain : C’est si facile

                Si facile

                Si facile

                De te suivre

                C’est si facile

                Si facile

                Si facile

                De te perdre

Je suis sorti par hasard

Et je me suis approché

Déjà tes traits accrochés

A la glace sur fond noir

Coulaient sans laisser de traces

Si ce n’est leur course grasse

De gouttelettes-grimaces

Tu disais que le temps passe

 

Dans la marge de tes traits

J’ai esquissé un visage

J’ai ajouté une cage

Tu as ri de ce portrait

Nos regards se sont croisés

Et nos doigts se sont croisés

Sur la glace où s’écrasait

Nos buées … et je disais

 

 

 

ESMERAL’ BLUES

Refrain : Quasimodo

               Mon vieux copain

               Quasimodo

               Viens prends ma main

               On va partir

               Très loin très loin

                Quasimodo

                Mon vieux copain

                Viens viens viens viens

                Viens prends ma main

                On va partir

                Très loin très loin

                Quasimodo

                Quasimodo

 

J’ai bourlingué sous les néons

Dans tous les bars toutes les rues

J’en ai connu des appolons

Des demi-dieux des blancs des gris

Mais c’est vers toi que je reviens

J’ai connu les mêmes chemins

Ils voulaient mon anatomie

Ma bosse à moi c’était mon cul

J’étais la reine de la nuit

Ils me voulaient tous dans leur lit

Je n’étais bonne qu’à baiser

Trop belle pour pouvoir penser

Trop jolie pour pouvoir poser

Ailleurs que dans des draps froissés

Mais c’est vers toi que je reviens

Fidèle amour de mes matins

 

J’ai fui la nuit de vos saillies

Pour me blottir contre la peau

Du douloureux bouffon tordu

Que vous nommez Quasimodo

Quasimodo  Quasimodo

Il faut mélanger la folie

De nos mémoires de bossus

De nos mémoires de bossus

 

 

 ©Abadie Yves

OUAAAAAHHHHHH…

Refrain : Celle que je préfère

               Elle s’appelle Ouadifa

               Elle griffe mes nuits

               De baisers incendiaires

               Elle froisse mes draps

               De sombres insomnies

               Ouadifa Ouadifa

               Ouadifa Ouadifa

               Ouadifa Ouadifa

 

Ouadifa Ouadifa

Approche n’aie pas peur

Tu sais on est nombreux

A aimer les couleurs

De ta peau, de tes yeux

Le kaléidoscope

De nos jeux qui galopent

Sur le fil bariolé

De nos vies barbelées

 

Approche, n’aie pas peur

Tu sais on est nombreux

T’as pas à avoir peur

Y’a pas de différences

Nos sourires sont denses

Sourire Blanc cassé

Ou rire basané

Nos lèvres se mélangent

Dans les mêmes voyages

 

Refrain

 

Aussi je veux vous dire

Messieurs les « pures-race »

Si vous continuez

A chasser le tam-tam

Ou cuisiner le Beur

On va pisser en cœur

Contre l’arbre-grimace

Des généalogies

Nos greffes nous inspirent

Les talents mélangés

Du Jazz et du Tam-Tam

 

Ouadifa Ouadifa

Approche n’aie pas peur

Promenons-nous dans le bois

Le loup te mordra pas

Il a peur des lueurs

Qui brillent dans nos yeux

A deux on est nombreux

 

Refrain

Bottés, casqués, rasés

Partout vous défilez

Bardés de croix gammées

Au revers de vos vestes

Les chiens et puis le reste

Grenades, ratonnades

Discours et fusillades

Atouts de vos fureurs

Défilez, défilez…

 

Filez doux, filez doux

Filez doux dou … dou … dou …

Si vous lavez plus blanc

Gardez votre lessive

Pouvez rester en rang

Pouvez vous aligner

Mais foutez-nous la paix

Laissez-nous caresser

Nos amours adoptives

 

Refrain

 

Celle que je préfère

Elle s’appelle Ouadifa

Elle peuple mes nuits

D’exils et d’incendies

Celle que je préfère

Elle s’appelle Ouadifa

Mais ne la touchez pas

Ou je vous fous mon doigt

 

D’un tracé vertical

De l’œil jusqu’au rectal

Toucher

Coulez…

 

 

 

+AMOUR ET HUMEUR+

.

Parfois,

Quand j’ai les sourcils

Qui me tombent sur les yeux,

Quand me prend l’envie

De balancer

Un grand coup de soulier

Dans le cul du chien,

Parce qu’il ose se trouver

Sur mon chemin,

Tu viens

Tu dis « Je t ‘aime »

Et mes yeux dégagent leurs sourcils,

Je caresse le chien,

Et je m’oublie

Pour mieux me rappeler à toi

 

 

 

A LA LISIERE DE MON LIT

A la lisière de mon lit

Un doux visage se blottit

Sur mon poitrail qui s’effiloche

Au fil des nuits qui nous rapprochent

 

Tout contre mon corps elle dort

Comme une enfant tout(e) endormie

Confiant ses rêves à mes soupirs

Cachant ses nuits auprès des ports

Que mes baisers tissent encore

Quand le soleil vient s’aplatir

Sur la fenêtre qui chavire

 

Dans la rivière de mes nuits

Ton ombre nage sans répit

Comme une écume qui ricoche

Et se consume au gré des roches

 

Sur mon épaule elle s’endort

Sans se soucier des amnésies

Qui guettent nos sommeils de cire

Dans l’épaisseur de ces décors

Que la pénombre assoupie mord

Quand nos vertiges se déchirent

Sur un fond blanc d’obscur délire

Sur la poussière de ma vie

Un doux visage s’incendie

Au creux des heures qui décochent

Leur tendre haleine de reproche

 

Tout contre mon corps elle dort

Au hasard des échos meurtris

Que mes baisers de craie étirent

Le long des profondeurs sonores

Le souffle de la nuit colore

Ces sabliers qui font jaillir

Les griffes de nos souvenirs

 

A la lisière de mon lit

Un doux visage se blottit

Dans la pénombre qui ébauche

Les traits d’une rencontre proche

 

 

 

+PAPIER FROISSE+

Je dessine au dos de tes lettres

Les mots d’amour que tu m’écris

On s’est connu sans se connaître

Parce que trop courtes étaient nos nuits.

Et puis les kilomètres

S’installèrent entre nos deux vies ;

Derrière ta fenêtre,

Amour, j’ai peur que tu m’oublies.

 

Quand sèche l’encre dans l’absence

Les amours par correspondance

Finissent toujours comme le papier,

                         Tout froissé…

 

Je m’étonne de cette lettre

Glacée comme certaines pluies

Où coulent des petits mots traîtres

Qui restent tout juste gentils.

Je brûle une lettre,

Ta plume est morte, tu es partie.

Elle était de toi sans l’être,

Tu sais, j’ai froid dans ton oubli.

 

Quand sèche l’encre dans l’absence

Les amours par correspondance

Finissent toujours comme le papier,

                         Tout froissé…

 

 

 

©Mollière Patrick

VASSILISSA

Il y a déjà longtemps

Que tu n’es plus l’amant

De cette femme-enfant

Et pourtant et pourtant

Derrière la tristesse

Que le souvenir laisse

Tu éprouves l’ivresse

D’une intense tendresse

 

Refrain :  Vassilissa

                Vassilissa

                Un seul regard avait suffi

                Pour que nos deux hasards se nouent

                Dans un enlacement si doux

                Vassilissa

                Vassilissa

                Un seul regard avait suffi

 

Ton chagrin se souvient

De ses longues caresses

Tu déchirais ses seins

Elle griffait ton épaisse

Carapace sans fin

De ses longs doigts qui tressent

Encore dans tes mains les traits de sa tendresse

Comme un fusain crissé

Sur le papier glacé

Son visage s’étire

Dans tes lourds souvenirs

Trop de jours sont passés

Sous le pont hérissé

De vos anciens soupirs

Trop tard pour repartir

 

 

+ELLE DES USA+

Refrain :   Peut-être bien qu’un grand amour

                 C’est celui qu’on ne garde pas ;

                 Je me suis consumé un jour

                 Pour elle, venue des USA.

 

Vague par vague, la mer ratait

Son suicide sur les rochers.

Nées à chaque nouvel essai

Des étoiles aquatiques

Rappelaient celles d’Amérique.

Ses lèvres s’ouvraient pour mieux les attraper

Et prenaient les miennes comme si elles s’trompaient

Pour moi qui cherche la source des arc-en-ciel

Je l’avais trouvée dans sa bouche vermeil.

Tu riais quand je t’appelais « Ma Dame »

Et je me foutais pas mal du Viet-Nam

 

Dans les mille reflets troublants

Accouchant de l’océan,

Dans l’ombre des oiseaux blancs,

Elle s’habillait d’écume

Et d’embruns qui parfument.

Le soleil égrenait dans ses cheveux

Des chapelets de grains d’or fabuleux

Et les flots s’associaient avec les cieux

Pour lui voler la couleur de ses yeux.

Et je te disais « I love you tout bas

En me foutant bien de la CIA.

 

C’est sur un sable bleuté

De coquillages mouillés

Que son corps abandonné

Ivre d tendresse

Buvait mes caresses

Portées par le vent, elle disait des mots

Doux et forts comme des grains de pavots ;

Je les ai saupoudrés sur ma mémoire,

Les miens, elle n’a pas voulu y croire.

On n’est pas cru quand on est trop sincère

Et je me foutais bien de Rockfeller.

 

 

 

 

NIBARDS’ SONG

Mesdames, Mesdemoiselles

Je suis là pour vous dire

Que toutes vos mamelles

Etalées me soutirent

Des copeaux de cervelle

A chaque fois c’est pire

Je dois braquer l’échelle

Pour surprendre vos spires

 

Refrain :   Je rêve de glisser

                 Ma main

                 Dans vos corsages

                 De décroisser

                 Vos seins

                 De mes enfantillages

                 Eparpiller

                 Vos seins

                 Dans le creux de mes mains

Je suis votre fakir

Etendu sans cervelle

Sur les pointes-saphir

De vos nibards crécelles

Qui grelottent de rire

Sous les tendres aquarelles

Qui tissent l’avenir

De mes amours plurielles

 

Je veux bien revenir

Dans votre maternelle

Et apprendre à écrire

Folie avec deux ailes

Pour venir me blottir

Au perchoir de dentelle

Je veux vous investir

Dans toutes vos marelles

 

 

 

+PAPILLON+

On t’appelle Papillon

Petite fille qui m’ensorcelle

J’espère que jamais, oh non,

On ne te touchera tes ailes ;

Dans ta bouche en fleur de lys

Tu croques des grains de réglisse

Qui te brunissent les dents

Et contre un air de guitare

Tu m’en offres comme pourboire

Cadeau de tes dix ans

 

Deux drôles d’étoiles vertes

Dans ton visage couleur lune

Et qui me déconcertent

Chaque fois qu’elles s’allument

Et tu les veux toutes pour toi

Les gouttes d’or du mimosa

Saupoudrant tes printemps

Et tu veux en plus libérer

Le vent qui en est prisonnier

Toi qui a juste dix ans

 

Je t’imite le lapin fou

Le gros crapaud ou l’abeille

Pour surprendre tout à coup

Ton rire incendier le ciel

Ta maman est vraiment très belle

Et si ta grande sœur est celle

Qui me prend comme amant

C’est pour toi, vois-tu, Papillon

Que j’ai écrit cette chanson

Pour toi qui as dix ans

 

 

 

 

 

Silhouettes

épinglées

 

 

 

 

 

 

STONE BLUES

Tu rêves mon copain

Tu rêves c’est malsain

Tu crois qu’un oiseau bleu

Va venir se poser

Sur ta fenêtre grise

Tu crois qu’un oiseau peut

Risquer de se poser

Sur l’établi hautain

D’un H.L.M. nausée

Tes nuages s ‘enlisent

Sur ta fenêtre grise

 

                Déconnes pas mon pote

                Descends de ton perchoir

                Que la vie te tripote

                Derrière ses trottoirs

                Viens tu es mon ami

                Viens tu es mon copain

 

Tu crèves mon copain

Comme ces oiseaux bleus

Ces oiseaux qui aiguisent

Leurs plumes indécises

Tu crèves mon copain

De ces rêves trop creux

Tu peux te reposer

Je te laisse avec eux

Avec ces oiseaux bleus

Qui viennent se poser

Sur ma fenêtre grise

 

                Il était mon ami

                Il était mon copain

                De ces fugueurs d’asphalte

               Qui brisent de leur halte

                L’élan d’une cohue

                                   Je ne le verrai plus…

 

 

 

 


©Abadie Yves

+LA FLEUR DE LA MORT+

Sur une barricade

Devant des policiers

Qui monteront en grade

En tirant les premiers

Tu paraîtras brusquement

En posant sur ma tempe

Une fleur rouge sang

 

Refrain :   Quand tu viendras

                 Je te suivrai

                 Et pourquoi pas

                 Je t’aimerai

 

Entre les bras de déesses

Belles excommuniées

M’abreuvant de vin de messe

Au bon goût de péché

Tu paraîtras doucement

En m’enfonçant dans le cœur

Une fleur rouge sang

 

 

Avec ces drôles de moustiques

Visant même mes lèvres

Et m’apportant quant ils piquent

De bien drôles de rêves

Tu paraîtras lentement

En effeuillant dans ma tête

Une fleur rouge sang

 

Bien que n’étant pas pressé

Ailleurs que dans un lit

Si tu viens pour emmener

Je te dirai merci

Quand tu paraîtras portant

Accrochée dans tes cheveux

Une fleur rouge sang

 

 

 

AUX QUATRE COINS DES BARS

Aux quatre coins des bars

Nous venons mélanger

L’éclat de nos hasards

Nos soirées naufragées

Dans des alcools bizarres

 

Une blanche une noire

Accrochées au comptoir

Un cuir un jean un daim

Qui tapent dans leurs mains

Un feeling partagé

Qui force nos cafards

A virer… Dégagez !!!

 

Aux quatre coins des bars

Nous venons mélanger

L’éclat de nos hasards

Nos soirées naufragées

Dans des alcools bizarres

 

Un saxo un’ guitare

Un clavier font bouger

Une soirée qui vient

Offrir à nos écarts

L’effleurement d’un sein

La lourdeur d’un regard

Qui nous font voyager

 

Aux quatre coins des bars

Nous venons mélanger

L’éclat de nos hasards

Nos soirées naufragées

Dans des alcools bizarres

 

 

 

LA MALADIE DES PIONS NOIRS+

Refrain :   Sur l’échiquier du hasard

                 La maladie des pions noirs

                 Qui les ronge tôt ou tard

                 S’appelle – le cafard -.

 

Ceux qui ont connu la gloire

Mais c’était y’a bien longtemps

Ceux qui sont cocus pochards

Pour pouvoir rester contents

Ceux qui racontent fort au bar

Leurs exploits de Don Juan

Et qui noient leurs fausses victoires

De véritables impuissants

 

Ceux chez qui la cité-dortoir

Cache le soleil couchant

Ceux qui ont toujours un brouillard

Pour gommer leur cerf-volant

Ceux qu’on baptisa bâtards

Et puis après délinquants

Ceux qui hantent un promenoir

Parce qu’ils ont pris vingt ans

 

Celles qui cachent dans un tiroir

La photo du Prince Charmant

Devenu ce banlieusard

Qui leur a fait six enfants

Celles qui cassent ce miroir

Devenu mufle au fil des ans

Et celles qui font le trottoir

Comme l’a déjà fait maman

Ceux qui crachent  sur les chars

Les mains vides en sanglotant

Ceux qui voient tomber l’espoir

C’était pourtant le printemps

Ceux qui ont dans le regard

Cet atroce mur allemand

Et ceux dont les boulevards

Voient défiler les occupants

 

Enfin tous ceux nés un soir

Sous le signe consternant

Des menottes dans un couloir

Du pas d’chance et pas d’argent

Des illusions dérisoires

Vite rongées par le temps

Enfin tous ceux nés un soir

Et le regrettent maintenant

 

                 Sur l’échiquier du hasard

                 La maladie des pions noirs

                 Qui me détruit certains soirs

                 S’appelle – le cafard - .

 

 

 

 

+MUSICIEN+

Toi, aux yeux trop clairs

               Et ta vie tout en courants d’air

Tu emmerdes les gens biens

               C’est pour ça qu’on t’aime, musicien

 

     -Mais dans ta tête, y’a que ta guitare.

 

Quand les marchands de hasard

               Et leurs sous t’appelleront star

Cours sans regarder derrière

               Et montre ce que tu sais faire

 

     -Tu seras alors heroe’s guitar

 

Et si tu te casses la gueule

               Tu verras tu seras vite seul

Quand le bâtiment coule

               Les amis ne sont plus foule !

 

     -Mais il te restera ta guitare

 

 

 

 
©Mollière Patrick

+RIEN QUE POUR VOIR+

Moi j’aimerai bien voir

Voir Monsieur le Curé

Prêcher qu’acte de chair

Reste mortel péché

Et caché dans sa chaire

Chaque soir se masturber

Sur un Play-Boy volé

Pour mieux dormir après

 

Moi j’aimerai bien voir

Un para haut gradé

Me dire que c’est son père

Tout jeune qui l’a forcé

A être militaire

Son rêve c’était boucher

Mais que depuis Alger

Il a moins de regrets

 

Moi j’aimerai bien voir

Madame Michet, rentière,

Regretter le passé

Où marchaient les affaires

Dans de curieux marchés

Ce temps s’est terminé

Avec des crânes rasés

Elle, elle fut décorée

 

Moi j’aimerai bien voir

Monsieur Dupont gueuler

Contre ces porteurs d’ulcères

Qui, dès qu’arrive l’été

Jettent leurs chiens en enfer

Lui qui oublie Pépé

Mis à l’hospice Saint-Dié

Où il n’ose plus aller

 

Moi j’aimerais bien voir

Un jeune homme s’exclamer

Si c’était à refaire

Oui, il refuserait

N’en déplaise à son père

Et d’un grand coup de pied

Foutre à l’eau clous rouillés

Et croix pour supplicié

 

Moi j’aimerai bien voir

Monsieur Dasault goûter

D’un de ces hémisphères

Où s’raient très appréciés

Tue-mouches et moustiquaires

Et se faire bouffer

Par un insecte nommé

Avion de chasse français

 

Moi j’aimerai bien voir

Ce malheureux Curé

Par le beau militaire

Se faire sodomiser

En pleurant : « Non, Albert !!! ».

 

Moi j’aimerai bien voir

Dame Michet échanger

Ses sucs héréditaires

Avec Dupont dans des

Jeux un peu vulgaires

 

Moi j’aimerai bien voir

Le Jésus torturer

Le vieux grabataire

Pour lui faire chanter

« L’amour et pas la guerre ».

 

Moi j’aimerai bien voir

Mais j’ai tout mélangé

Alors dans mon mouchoir

Je me poile au nez…

 

 

 

 

Aux

médianes

de

Caemisolia

 

 

 

 

 

DACTYLO’ BLUES

8h00 – 12h00 – 2h00 – 6h00

8 heures par jour

A galérer

8 heures par jour

A s’faire chier

Dans ce bureau

Elle va elle vient

Attend la fin

Drôle de parcours

Qu’ces 39 heures

Boulot – boulet

Boulot – sténo

Et dactylo

Elle s’fait chier

Elle s’fait chier

C’est long 8 heures

A pianoter

Elle s’fait chier

Elle s’fait chier

 

Refrain :  Azertyuiop

                Qsd

                Fjn

                Gkc

                Lm ça!!!

                W

                Xb

                Vbn

                Ding !!! Ding !!!

                C’est le blues, le blues

                C’est le blues

                Des dactylos

                Blues, blues, blues

                Dactylo’ blues

 

8h00 – 12h00 – 2h00 – 6h00

Elle voudrait bien

Laisser tomber

Son chapelet

De minuscules

Elle va elle vient

Elle déambule

Attend la fin

40 pages

A se taper

Prendre en sténo

Aligner … marge !

Faire le gros dos

Elle voudrait bien

Laisser tomber

Son chapelet

De minuscules

Pouvoir foncer

En majuscules

 

8h00 – 12h00 – 2h00 – 6h00

Comme un squatter

Dans son grenier

Elle va elle vient

Elle s’fait chier

Elle déambule

Regard fixé

Sur la pendule

Dans le secteur

Des dactylos

Elle fait l’gros dos

Elle voudrait bien

Laisser tomber

Mais faut bouffer

Alors elle fait

Ses chapelets

De minuscules

Pour s’effacer

En pointillés

 

 

 


©Mollière Patrick

+LA QUEUE DU DIABLE+

C’est l’histoire d’une jeune fille

Qui était très très très pauvre

Elle était très très très jolie

Mais elle était très très très pauvre

Je crois vous l’avoir déjà dit.

Abandonnée de sa famille

Elle aussi bien sûr très pauvre

La jeune fille ne cessait

Jamais de tirer le Diable

Par la queue.

Un jour pourtant, elle s’est dit,

La jeune fille très jolie,

« Pourquoi seulement le Diable ? »

Depuis ce jour la jeune fille

Est devenue très très riche,

Est devenue très très riche…

 

 

 

 

BOUQUET GARNI+

Mon petit lapin s’est posé

Dans une garenne moins déboisée

Assis sur la descente de lit

Je me fume mon bouquet garni

 

Mon lapin blanc s’est fait la malle

Pour un moine fou de ses gros seins

Dans le clapier désert j’ai mal

Mais chaque bouffée me fait du bien

 

          Mais ma parole

          Je décolle

          Sur mon tapis

          C’est parti

 

Sur un fauteuil en poils laineux

Un garagiste égorge un pneu

Blasé je me rallume le four

Pour y suivre une histoire d’amour

 

Derrière un ours en mobylette

Un cyclope hurle à vue d’œil

Qui a pu mordre mes noisettes

Je crois bien que c’est l’écureuil

 

          Mais ma parole

          Je décolle

          Vive Marie-Jeanne

          Sans les moines

 

Le radiateur fait sa prière

Froid de demain et chaud d’hier

Accordez-nous la cordillère

Et protégez-nous des belles-mères

 

Benoît vautré sur le prie-Dieu

Apprend à compter jusqu’à deux

En glissant sa main liturgique

Dans sa braguette eucharistique

 

          Mais ma parole

          Je décolle

          Vive la lapine

          Vive lapine

 

 

 

 

 

CARNAVAL

Ce soir c’est le grand bal

Le bal du carnaval

Tout le monde s’éclate

Du plafond jusqu’aux lattes

Du plancher qui tricote

Des pas de danse fous

Pour les gens costumés

En poux en Loup-Garou

En tentures cramées

En tondeuse à gazon

Et moi je suis tout con

Comme u gland déchêné

Sur le parking zoné

J’aurais pas dû

 

Refrain :     J’aurais pas dû

                   Me déguiser

                   En 2 cv

                   Je suis crevé

                   J’ai la capote

                   Qu’est percée

                   Et le delco

                   Qui est trempé

                   Y’a pas un pote

                   Pour me pousser

                   Je suis en tas

                   Putain d’auto

                   Envoyez-moi

                   Un mécano

                   J’aurais pas dû

                   J’aurais pas dû

                   Me déguiser

                   En 2 cv…

 

 

Accoudée au buffet

La chatte drague un nain

D’un mètre quatre vingts

Pierrot vient de gaffer

Il vient de déposer

Aux pieds de sa gamine

La Douce Colombine

La forme masculine

De son joli prénom

Oui, oui ; un bel étron

Déguisé en serpette

Ce mec a pas l’air bête

Et moi j’ai pas l’air con

J’aurais pas dû

 

Je me se,s un peu nul

Avec ma double antenne

Plantée

Dans les rotules

Et mon auto-radio

Collé à ma bedaine

Fixés à mon bandeau

Mes deux rétroviseurs

Me montrent l’éboueur

Qui reluque les hanches

D’une belle Comanche

Moi, dans mon coin, je planche

Je me sens vraiment nul

J’aurais pas dû

J’aurais pas dû

 

 

 

 

LE NAIN JAUNE

Souvent, j’ai croisé le Nain-Jaune

Bouffon-mascotte des tripots

Du port malfamé d’Amsterdam

Il venait jouer tripoter

Des rois des valets ou des dames

Que peut-on faire dans un tripot

Si ce n’est assouvir l’égo

Au contact de toute cette faune

 

Souvent, j’ai croisé le Nain-Jaune

Le petit rabougri jauni

Dont les tribulations nous donnent

L’occasion d’une mise en plis

Pardon le rabot était chauve

L’occasion d’une mise en boîte

Dans un pli vicieux où la dame

Lui accordait jamais la carte

 

Jamais la carte ne sortait

La carte cœur, la carte dame

La figurine de ses pensées

Un soir pourtant, un soir de flammes

La dame rouge se sentant lasse

Céda au nain, à ses avances

Il prit la dame de ses nuits

Et puis la mise sur le tapis

De cet étrange amour ludique

Naquit une passion sans fin

A petits pas loin des trafics

Il lui disait : « Yam, yam, j’ai faim. »

Ils partaient manger à la carte

« Je t’aime tu sais, ma douce, ma Chine

Je ne veux pas que tu t’écartes

De ces trajets où je chemine. »

 

Machine a souvent dû à terme

Quitter ses amants d’un ton ferme

Elle proclama l’arrêt public

Dans un bordel du dock 33

Il ne dit rien prit sa tunique

Et s’en alla pour oublier

Les dés refusaient de l’aider

Il s’est pendu … au baccara

 

 

 

PHANTASMES

J’aimerais être un œil

Venu des quartiers louches

Aveuglé de clin d’œil

Par des nanas farouches

Leur mettre en trompe l’œil

L’orbite dans la bouche

J’aimerais être vieux

Pour finir à l’hospice

Foutre en l’air tous les pieux

Des mouroirs où fleurissent

Les hasards contagieux

Des traitements factices

 

Refrain :   A chacun ses phantasmes

                 A chacun ses fantômes

                 Pourquoi faut-il toujours

                 Vouloir piquer le tour

                 Du voisin de pallier

                 Ou du voisin de queue

                 Pourquoi faut-il toujours

                 Vouloir piquer les œufs

                 Du voisin de panier

                 A chacun ses phantasmes

                 A chacun ses fantômes

                 Pique-nique et nicogramme

J’aimerais être Dieu

Coincé par un gendarme

Sans un papier sérieux

Pour prouver mon programme

Pris en flagrant délit

De constat de non-vie

J’aimerais être Diable

Pour glisser au milieu

De ses saints innombrables

Mon crick tumultueux

Pour saboter ses câbles

Et lui scier l’essieu

 

J’aimerais être un cas

Un spermatozoïde

Shooté au paprika

Un fil d’hémorroïde

Bourré d’aphrodisiaque

Un utérus patraque

J’aimerais être un sexe

Masculin féminin

Qui resterait perplexe

Devant son mitoyen

Ou son voisin d’orgie

Qui lui tendrait son lit

 

 

 

CHAMBRE 2042+

Chambre 2042

Premier étage

Quartier : 22

Secteur : enfants

Unité Psycho – Premier Age

Subdivision de Traitement

 

Dossier 103

Docteur Langlois

Age : 6 ans

Sexe : néant

Bulletin d’entrée :

Internement autorisé

 

Chambre 2042

Le nez collé là où il pleut

L’enfant écoute sa silhouette

Détresse qui reste muette

Chambre 2042

L’enfant aux yeux un peu trop bleus

Fixe la vitre qui émiette

Son ombre grise en gouttelettes

 

Chambre 2042

Sur le carreau qui rend nerveux

L’enfant oscille de la tête

La douleur revient, se répète

Chambre 2042

Sur le carreau scellé par eux

Le front de l’enfant se projette

Pour rejoindre les gouttelettes

 

Chambre 2042

Sur le lit où se ferment les nœuds

Les blouses blanches bloquent et arrêtent

L’enfant qui crie « Mal à la tête… »

Chambre 2042

L’enfant regarde sa veine bleue

Et la longue, longue, aiguille qui prête

Un sommeil tiède en gouttelettes…

 

 

 

 


©Abadie Yves

 

La

chute

en

oblique

 

 

 

 

 

BRASIL+

Couleur peau bronzée

Une pleine lune coupée

En deux

Par un long string mouillé

Et bleu

Copacabana

Café ou chocolat

Ou crème

Tes filles ont cet éclat

Que j‘aime

 

                   Lèvres salées

                   Lèvres sucrées

                   Amours poivrées

                   Brésil, Brésil

                   Dans mon exil

                   Je rêve de toi

 

Soleil bon marché

Pour les corps surchauffés

A blanc

Si chaud qu’on va nager

Souvent

Reflet de samba

Dans le creux de tes bras

Cuivrés

Le carnaval se noie

En paix

 

                   Lèvres salées

                   Lèvres sucrées

                   Amours poivrées

                   Brésil, Brésil

                   Dans mon exil

                   Je rêve de toi

 

 

 

 

+LA CAMPAGNE DE DESHOMMANISATION+

               Allô, demandons

               A tous attention

               « Tout homme sans collier

               Sera supprimé ».

 

Les autorités de la cité d’acier

Devant le flux de plus en plus inquiétant

D’humains non marqués et non répertoriés

Décident enfin de prendre les devants.

 

                Il est conseillé

               A tout possédant

               D’humains noirs ou blancs

               De les faire châtrer

 

Il est absolument inadmissible

De voir cette sous-espèce native de Terre

Se reproduire comme les races nuisibles

En dehors de tout contrôle communautaire.

 

                Tout homme pris sur fait

                En train de parler

                Ou pire, de penser

                Sera débranché

 

Les autorités de la cité d ‘acier

Devant les plaintes de la population

Furieuse de l’insolence des êtres à deux pieds

Parlent d’autoriser l’extermination.

 

 

 

 

+JESUS ET MOI+

Ton père était charpentier

Et le mien était inconnu.

Ton père t’a appelé Jésus

Et le mien lui s’en est allé.

Poursuivis par les mêmes chiens

Et mordus par la même faim

On a grandi dans la poussière,

On s’est aimé comme deux frères.

 

Dis-moi, te souviens-tu,

Sacré Jésus,

De ces épouses soumises

A de gros marchands trop jaloux

Et qui rêvaient dans leur cuisine

D’amour défendu avec nous ;

Et de ces bergères-marquises

Et leurs lèvres coralines

Mûrissant comme des cerises

Sous le soleil de Palestine

 

Dis-moi, te souviens-tu,

Sacré Jésus

De ces braves putes juives

A la peau couleur de cuivre

Qui nous faisaient l’amour pour rien

Sous prétexte qu’on ne valait rien ;

Et de ces longues nuits d’orgies

Noyées dans le vin de palme

Où tu rêvais d’une nouvelle vie

Sans frontières et sans armes.

 

Pourquoi a-t-il fallu

Pauvre Jésus

Que tu te prennes au sérieux

Toi et ton histoire de Dieu

Toi et tes absurdes idées

Porteuses d’amour et de paix

Nées de délires alcoolisés,

Tes paroles se sont envolées

Plus loin que tu ne l’aurais cru ;

Et les gens t’ont suivi, Jésus.

 

On devait jamais se quitter

Pourtant tu m’as laissé tomber

C’est toi qu’ils ont idolâtré

Moi, personne ne m’a écouté

Alors c’est pour cela, Jésus,

Que les gens disent qu’aux soldats,

Pour quelques sous, je t’ai vendu

Moi, ton meilleur copain, Judas ?

Judas…

 

 

 

 
©
Abadie Yves

+SAC-MAN+

Pour une histoire d’arabe

          Ayant mal supporté

Une petite ratonnade

          Un peu trop bien menée,

Monsieur le Commissaire

          M’a très bien expliqué

Que cette sale affaire

          Pourrait être oubliée

Si j’acceptais, pour la République

D’entrer au SERVICE D’ACTION CIVIQUE

 

J’ai pour camarades

          Des prêtres défroqués

Rêvant de croisades

          Et d’Occident Chrétien

Des paras orphelins

          D’une Algérie bradée

Par des politiciens

          Cocos, juifs ou pédés

Tous ces braves gens avec des cartes de flics

Tous sont au SERVICE D’ACTION CIVIQUE

Et je suis devenu

          Un très très bon agent

Dont les revenus

          Sont des plus conséquents.

Bien sûr notre travail

          Comprends-tu, mon frère,

Est quelque peu spécial

          Mais très bon salaire

Si tu manques de scrupules et de fric

Viens donc au SERVICE D’ACTION CIVIQUE

 

Pour des colleurs d’affiches

          Savamment matraqués

Pour nos petites milices

          Et leurs gros bras musclés

D’importants Députés

          Copains du vieux Debré

Alimentent sans histoire

          Notre chère caisse noire

On a toujours aimé la politique

Vois-tu au SERVICE D’ACTION CIVIQUE

 

 

 

L’HEURE DES ENFANTS MOMIES

TEXTE AUTO-CENSURE PAR PEUR DES INTEGRISMES DE TOUS BORDS

C’est l’heure des enfants momies

C’est l’heure de la boucherie

Fronts en sueurs

Sombre frayeur

Bouches séchées

Prière hachée

Du bout des lèvres

Coup de sifflet

Silence on meurt

Une rangée d’enfants

Avance en récitant

Des mentras guerroyants

 

Refrain :     Guerre Sainte, Croisade

                   Orient ou Occident

                   Il y a déjà trop de sang

                   De tueries froides

                   Arrêtez, arrêtez

                   Ne suicidez plus vos enfants

                   Guerres saintes, Croisades

                   Arrêtez, arrêtez !!!

 

C’est l’heure des enfants momies

C’est l’heure de la tricherie

L’évolution

Lente et précise

Les fanatise

Une explosion

Le premier cri

Un hurlement

Couvrant le bruit

D’une autre bombe

A chaque pas le sang

A chaque pas on tombe

Pas à pas l’hécatombe

 

C’est l’heure des enfants momies

C’est l’heure de la barbarie

Les corps brisés

Qui s’agglutinent

Autour des creux

La mort le sang

Le champ de mines

Est balisé

Au nom d’un Dieu

Tous en avant !!!

Et les enfants momies

Sont piétinés sans vie

Sont piétinés sans vie

 

 

 
©Abadie Yves

+CHILI+

Quand j’ai demandé à Jarra

Pourquoi il s’est mis à chanter

Quand les soldats lui ont coupé

D’un coup de hache les dix doigts

Alors la guitare de Victor

M’a joué la vie et la mort

D’un pays :

Chili.

 

Et les cordes ont vibré

Et elles m’ont raconté

Les Andes aux glacials plateaux

Qui s’écroulent vers la mer

Accouchant de mille îlots

Enfants bâtards de la terre ;

De blancs chevaux dans la pampa

S’essoufflant dans les herbages

Et de susceptibles lamas

Au miraculeux lainage.

 

          Mais les cordes ont grincé

          Et elles m’ont dénoncé

          Les richissimes haciendas

          Où, dans une misère réglée,

          Les derniers survivants Incas

         Au travail meurent résignés ;

         Et puiS les prisons d’où s’enfuient

          Les noirs vautours au cou pelé

         Terrorisés par les longs cris

          De tout un peuple torturé

 

Et les cordes ont vibré

Et elles m’ont raconté

De pauvres métis aux yeux noirs

Comme leurs pères ibériques,

Mélancoliques certains soirs

D’un Empire d’Amérique ;

Et des femmes dont le regard,

Brûlant reflet de leur beauté,

Vous transperce de part en part

Vous enfonçant le mal d’aimer.

          Mais les cordes ont grincé

          Et elles m’ont dénoncé

          Les antiques mines d’étain

          Où meurt lentement l’ouvrier

          Suçant sans oublier sa faim

          D’amères feuilles cocaïnées ;

          Et cette liberté traquée

          Selon les règles fascistes

          Par les soldats et policiers

          De la junte pinochiste

 

Chili, tes poètes martyrs

N’ont pas fini de chanter

Pour combattre ces vampires

A la silhouette casquée.

Emprisonnés ou exilés,

Torturés ou assassinés,

Leur voix en nous vivra toujours

Pour chanter continuellement

Par dessus mers et continents

Que la mort ne peut vaincre l’amour

          En ce pays

          Nommé Chili.

 

 

 

 

 

Hori
zon
tales

froissées

 

 

 

 

+FEMMES AU PETIT MATIN+

Cigarette au doigt

Elles ne savent pas pourquoi

Coule avec la nuit

Cette vague d’ennui

Qui ride sans bruit

Leurs yeux gris

De mélancolie.

 

Quand les chevaux d’airain

S’enlisent dans les labours

Femmes au petit matin

Rêvent encore d’amour.

 

Et elles s’étonnent

Que la personne

Couchée dans leur lit

Amant ou mari

N’soit plus du tout celle

Pour laquelle

Elle se voulait belle.

 

Quand les tilleuls fusains

Déshabillent le jour

Femmes au petit matin

Rêvent encore d’amour

 

Femmes hirondelles

Partir à tir’ d’ailes

Quand tombe la lune

Elles se voient chacune

S’enfuir à jamais

A jamais

Comme pour de vrai

 

Quand s’enivrent certains

D’un sommeil de balourd

Femmes au petit matin

Rêvent encore d’amour

 

 

 

LOVE IS OVER

I’m all alone in life

Like a fly on a knife

Without anything to know

Without anywhere to go

 

Refrain  :   Save me babe save me please

                  I’m alone

                  I’m alone

                  I’m a stone

                 On the ground

                  I’m a tear

                  In the fizz

                  I’m a sound

                 On the fear

 

I was born in summer

The town of your fingers

Was mirror of the day

And today I’ve to stay

I want your love your skin

I want you to begin

A funny game of song

Kiss me please all night long

 

I’ll remenber your street

And where you let me sleep

Take a break in the night

The shadow of your light

 

I’m alone I’m alone

I’m alone I’m alone

I’m all alone in life

Like a flag on a knife

              Save me babe save me please

              …….……. ad lib ……….….

 

 

 

EMPREINTES DIGITALES

Refrain :   Laisse

                 Laisse-moi

                 Surfer mes doigts

                 Sur l’épaisse

                 Toison nacrée

                 De tes secrets

 

L’horizon de tes mers

Mouille ta peau amère

Qui tangue sous le poids

De mes caresses en toi

Nos souffles nos haleines

Nos sables qui s’égrènent

 

Je nage dans l’étang

De tes sueurs d’enfant

Et je parcours tes dunes

L’essaim de tes lagunes

D’une longue paresse

Imprégnée de caresses

 

Tes lèvres chevelues

Sont des vagues crépues

Où je plonge en apnée

Pour pêcher la gainée

Et rare perle rose

Cachée qui s’y repose

 

L’écume de ton voile

Fait glisser ton étoile

Doucement, peau à peau

Dans le recto-verso

De nos « aller-retour »

Ereintés de détours

 

 

 

 

 
©Abadie Yves

+LA FILLE DO BRASIL+

Deus rangées de dents nacrées

Mordillent un long cigare

Sa fumée me fait tousser

Et cela la rend hilare

Elle rit comme elle respire

Et elle vit pour mieux en rire

Et puis ainsi soit-il

Et moi follement je rêve

De sa bouche source de sève

Qui m’articule : «  Brasil »

 

- FETES E AMOR SE VIVEN AO BRASIL !

 

Elle connaît des musiques

Accouchées d’un mariage

Entre une terre magique

Et des anciens esclaves

Elle met dans son corps de gamine

Des ondulations félines

Qui sont indélébiles

Et moi contre elle je danse

Sous un ciel toujours en vacances

Au son de ce Brasil

- FETES E AMOR SE VIVEN AO BRASIL !

 

Elle me raconte un pays

Où le Bien et le Mal

S’effacent et puis s’oublient

Dans un rythme de Carnaval

Un jour, vois-tu, j’épouserai

Sa peau couleur café au lait

Malgré les imbéciles

Qui oublient dans leurs basse-cours

Qu’il se fout des races, l’amour,

Ao, Brasil, ao Brasil…

 

 

 

 

+L’INCONNUE+

A vous ma mie qui confondez

L’amour avec le mariage

A vous dont le pucelage

Est la plus grande des fiertés

Et dont la chère virginité

Le soir des noces sera violée

Dans le sang d’un cher époux

Un peu pressé et un peu saoul

A vous je chante que…

 

Refrain :   Se trouve en ma mémoire

                 Celle qui m’a donné en un soir

                 Au lieu de l’égoutter

                 Sur vingt longues années

                 Tout l’amour couvant en elle

                 Un amour sans idées reçues

                 Aux gémissements de gazelle

                 A une tendresse perçue

                 Par des étreintes irréelles

                 Qui doucement ont disparu

                 Sans un mot dans l’aube pastel

                 Quand elle est partie, l’inconnue

A vous ma mie qui étranglez

L’amour dans vos tresses de tabous

A vous qui estimez comme fous

Les rêves vous laissant si troublée

Et qui tremblez de vous voir nue

Plonger dans un monde inconnu

Que vous croyez bien sûr obscène

Mais où l’on vous dit pourtant « Je t’aime »

A vous je chante que…

 

Refrain

 

 

 

+MA COPINE LESBIENNE+

Dans les débris bleus des lasers éparpillés

Par une faune bourgeoise stérile et désabusée

Qui promène sa frime mégalomanisée

Sous les décibels du dernier tube imposé

Elle renvoie sur leurs roses les machos-matadors

Très forts en dedans et bien virils au dehors

Résumant leur séduction à un torse velu

Sans doute pour montrer comment ils ont le cul

 

           Car elle terminera sa nuit

           Avec cette blonde aux yeux gris

           Qui lui a demandé du feu

           Avec une flamme dans les yeux

            Et de la tendresse plein les mains

           Elles échangeront leurs vagins

            Et poseront leurs bouches d’argent

            Là où c’est doux, là où c’est blanc

 

                   Ainsi sans en faire mystère

                       Elle soupire que sur la chair

                       Des demoiselles

                       Et autres belles

                       Elle vit sa vie, la sienne,

                            Ma copine lesbienne

 

Elle me gronde que je n’aurais pas du

Avec mon tabouret transformer en ruines

La grosse tête du gros costaud moustachu

Qui se faisait rire en la traitant de sale gouine ;

Mais tant que les gens trouveront amorales

Les façons d’aimer plus ou moins marginales

Qu’ils piss’ront sur les amours déviationnistes

Leurs coïts standardisés resteront racistes

 

         Elle laisse à tous les imbéciles

          Les tabous qu ‘elle ne veut plus porter

          Et elle garde au bord des cils

          Les mots doux qui la font pleurer

          Et si parfois elle collectionne

          Les galets froids des sources d’été

          C’est pour y peindre les personnes

          Qui n’ont pas pu les oublier

 

                    Ainsi sans en faire mystère

                        Elle soupire que sur la chair

                        Des demoiselles

                        Et autres belles

                        Elle vit sa vie, la sienne,

                            Ma copine lesbienne

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Elle délaisse parfois ses amantes

Pour m’assurer, innocente

Qu’elle m’aurait compté parmi elles

Si je m’étais app’lé Isabelle

A ma guitare de troubadour

Elle raconte ses chagrins d’amour

Et elle attend que les cordes

Dans un lit de tendresse la bordent

 

             Alors certains soirs d’hiver

             Quand le vent souffle à l’envers

             Quand son rimmel

              La trouve moins belle

              Elle s’endort sous mes persiennes

                   Ma copine lesbienne

 

 

 

 
©Abadie Yves

 

 

 

 

 .. Paroles Sans Musique ...

... Ainsi parlait
Black Bungalow ...



©YVES ABADIE ©    ©+PATRICK MOLLIERE+©
 LES TRAJECTOIRES SOLAIRES
 

+LE SECRET+

4

TS TURBO NECROPHAGE

5

+COBRA+

6

CE MATIN

7

+LA FUITE DE TOUN+

8

DELIRIUM TRES MINCE

9

+L’IDIOT+

10

 
 HOMO - URBANUS
 

LA CLEPSYDRE BOUCHEE

12

LEURRE

13

+ENVIE ET PITIE+

14

L’OPERATRICE DE MINUIT

15

+LA PEUR D’UN HOMME+

16

UN MONDE FOU

17

+LE MARCHAND DE VENT+

18

DEMANDEZ LE BOTTIN

19

+MON MANQUE D’EQUILIBRE+

20

 
 LE SYNDROME CARDIO - TESTICULAIRE
 

EST-CE LA HAINE, C’EST F…

22

ESMERAL’ BLUES

23

OUAAAAAHHHHHH…

24

+AMOUR ET HUMEUR+

25

A LA LISIERE DE MON LIT

26

+PAPIER FROISSE+

27

VASSILISSA

28

+ELLE DES USA+

29

NIBARDS’ SONG

30

+PAPILLON+

31

 
 SILHOUETTES EPINGLEESS
 

STONE BLUES

33

+LA FLEUR DE LA MORT+

34

AUX QUATRE COINS DES BARS

35

+LA MALADIE DES PIONS NOIRS+

36

+MUSICIEN+

37

+RIEN QUE POUR VOIR+

38

 
 AUX MEDIANES DE CAEMISOLIA
 

DACTYLO’ BLUES

40

+LA QUEUE DU DIABLE+

41

BOUQUET GARNI+

42

CARNAVAL

43

LE NAIN JAUNE

44

PHANTASMES

45

CHAMBRE 2042+

46

 
 LA CHUTE EN OBLIQUE
 

BRASIL+

48

+LA CAMPAGNE DE DESHOMMANISATION+

49

+JESUS ET MOI+

50

+SAC-MAN+

51

L’HEURE DES ENFANTS MOMIES

52

+CHILI+

53

 
 HORIZONTALES DEFROISSEES
 

+FEMMES AU PETIT MATIN+

55

LOVE IS OVER

56

EMPREINTES DIGITALES

57

+LA FILLE DO BRASIL+

58

+L’INCONNUE+

59

+MA COPINE LESBIENNE+

60

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Afficher la suite de cette page



Créer un site
Créer un site